Genre et identité en Mésopotamie

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En France, l’histoire des femmes a connu un grand essor depuis la parution, il y a une vingtaine d’années, des cinq ouvrages dirigés par Georges Duby et Michèle Perrot, L’Histoire des femmes en Occident. Toutefois, ainsi que le titre le laisse entendre, cette somme ne s’intéressait pas à l’Orient et le premier volume, coordonné par Pauline Schmitt Pantel, est centré sur le monde classique. Or, dans le domaine extrêmement vaste de l’histoire mésopotamienne, il existe à présent de nombreuses études ponctuelles en histoire des femmes et du genre, mais encore peu de synthèses.

Un nouveau colloque international consacré aux Textiles et au Genre dans l’Antiquité est à l’interface de nos travaux sur le genre et l’identité d’une part et des recherches sur les textiles antiques d’autre part. Ce colloque, organisé à Nanterre du 4 au 6 octobre 2018 sous le titre Textiles & Gender: Production to wardrobe from the Orient to the Mediterranean in Antiquity, est présenté sous la rubrique colloques.

Dans le cadre du projet REFEMA, l’équipe HAROC  a organisé et publié les actes d’un colloque international sur The Role of Women in Work and Society in the Ancient Near East. Cela a permis d’aborder plusieurs thématiques, dont beaucoup restent d’actualité : les activités multiples des femmes au foyer, la catégorie de genre attribuée aux métiers, les rapports des femmes au pouvoir dans différents domaines, notamment économique et intellectuel. Les échanges entre spécialistes de différentes périodes, utilisant différents types de sources, ont montré qu’il existait des constantes, des évolutions, sans que celles-ci soient linéaires car chaque société produit ses propres catégories de genre. Les contributions de collègues spécialistes d’histoire du droit, d’histoire de l’art et d’archéologie sont aussi venues éclairer les données fournies par l’épigraphie.

Ces dernières décennies, le thème de l’identité a occupé une place importante à la fois dans les sciences sociales (appartenance nationale, politique, ethnique, de genre ou de groupe) et dans le discours contemporain (perception par l’individu de sa propre place dans la société). Les sciences sociales ont fait de grandes avancées dans la construction de théories sur l’identité, mais ces théories ont pour la plupart été fondées sur l’étude des sociétés contemporaines. Récemment, les spécialistes des mondes anciens ont réfléchi à l’application de ces théories aux sources matérielles et textuelles de l’antiquité, en histoire grecque notamment.

Les sources textuelles cunéiformes forment un cas d’étude sans équivalent sur l’identité en Mésopotamie. Ces documents reflètent la manière dont les individus s’auto-identifient ou sont identifiés par les autres. En montrant les interactions entre les hommes et les femmes, ces textes donnent des indices sur la manière dont les genres étaient perçus et construits.

Un programme lancé dans le cadre des projets France-Berkeley a permis de poser les bases d’un travail de recherche qui devrait aboutir à la rédaction d’un ouvrage. On insistera particulièrement sur les questions des femmes et du travail, le rôle spécifique joué par les femmes au sein des sociétés mésopotamiennes et l’apparence vestimentaire des hommes et des femmes.