Chantier-école de fouilles archéologiques à Baia Farta – Benguela (Angola)

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Chantier-école de fouilles archéologiques à Baia Farta – Benguela (Angola)

Légende : Site de Cachama, © M. Guttierez

Site de Cachama

Le chantier école de fouille archéologique de Baia Farta (province de Benguela-Angola) s’inscrit dans la continuité d’une coopération soutenue par l’Ambassade de France en Angola.

L’objectif est de former des étudiants de l’université Katyavala Bwila et des membres du musée national d’archéologie de Benguela aux méthodes de la recherche archéologique française et à l’encadrement d’un chantier de fouille archéologique.

Deux sites participent à la formation : Dungo et Cachama. Sur le terrain, deux groupes de 20 stagiaires chacun et deux groupes de direction scientifique sont constitués. L’un destiné au site Dungo IV, l’autre au site Cachama.

A Dungo, il s’agissait de reprendre la fouille d’un chantier déjà en cours tandis qu’à Cachama il s’agissait d’ un nouveau chantier. Dans le premier cas la fouille est installée avec des carrés bien établis, un point zéro pour la prise de mesures existe, la stratigraphie est connue et une série de données sur le matériel archéologique et son âge sont connus.

A l’inverse à Cachama il a fallu tout installer, dès le point zéro jusqu’aux carrés de fouille. Ce qui implique que les étudiants qui n’ont jamais participé à un chantier de fouille apprennent toutes les démarches dans la recherche de terrain qui va du choix de l’endroit à fouiller jusqu’à la découverte des premiers niveaux archéologiques avec du matériel anthropique, leur relevé et ramassage.

Ainsi du point de vue pratique le chantier école permit d’enseigner aux stagiaires l’installation d’une fouille archéologique, l’ouverture des carrés de fouille, l’installation d’un sondage destiné à établir la coupe stratigraphique qui va montrer la stratigraphie globale du site. Ensuite ils apprenent à fouiller en respectant scrupuleusement les niveaux stratigraphiques et la position du matériel archéologique. Dès que des objets sont repérés il faut faire un relevé à échelle sur papier millimétrique. Exercice qui demande une certaine application et du temps car tout doit être enregistré avec méthode et précision. Il faut ensuite prendre les altitudes avec un appareil de mesure et une règle de topographe. Ces deux aspects de la fouille sont enseignés sur le terrain et il y a des étudiants qui ont eu plus de difficultés que d’autres dans l’assimilation de ces méthodes.

La solution que nous avons trouvée c’est de faire des équipes de deux ou trois stagiaires dont les plus rapides à comprendre enseignent à leurs collègues les éléments qu’ils ont compris. Ceci permet de faire participer les stagiaires à l’enseignement et aussi à repérer les étudiants susceptibles d’aller plus loin dans la formation en archéologie.

Du point de vue des différences entre sites, il faut signaler que le site de Cachama se présente sur une surface plutôt horizontale ce qui permet d’avoir des niveaux stratigraphiques plats et sans trop de dénivelés, ce qui est une facilité pour commencer une fouille. Du point de vue des sédiments, ils sont très fins, il s’agit du sable de couleur claire et très homogène ce qui rend difficile la lecture des changements de niveau. Il faut donc une attention de tous les instants pour repérer de très légers changements de couleur et de granulométrie qui indiquent un changement de niveau. La présence de coquillages à partir de 50 centimètres de profondeur aide au repérage de ces changements.

Le site de Dungo

Légende : Le site de Dungo IV, © M. Guttierez

Le site de Dungo présente une organisation tout à fait différente. La surface du site est très inclinée dans le sens est-ouest ce qui rend les niveaux subjacents aussi en dénivelé. Ensuite et en descendant les sédiments changent d’une manière progressive, au sommet il y a du sable rouge fin, puis un peu plus bas la granulométrie devient plus grosse avec un léger changement de couleur, puis encore plus bas le sédiment est beaucoup plus grossier et de couleur rouge foncée, enfin à la base de la séquence on trouve un niveau de conglomérat. Il faut ajouter que le passage d’un niveau à un autre n’est par toujours très évident et même sur la coupe stratigraphique la lecture n’est pas toujours aisée. Le niveau de conglomérat n’est pas horizontal, bien au contraire, et des niveaux très hauts sont plus anciens que des niveaux plus profonds.
Du point de vue archéologique les deux sites ont livré du matériel archéologique qui est, naturellement, très différent selon le site. A Dungo nous avons beaucoup de matériel lithique en particulier sur le côté nord du carré L10 qui correspond à la partie inférieure du carré suivant (K10). Cette information implique que la présence ancienne de ce site continue vers le nord du site. C’est ainsi qu’en 2013 nous avons ouvert un nouveau carré de fouille, le carré K10. Du point de vue des résultats, ils sont importants car la pratique de la discipline permet de faire connaître les enjeux du terrain mais aussi de déceler les bons candidats à une formation de plus longue durée. Ainsi, de notre point de vue, il est souhaitable que tout candidat à une formation universitaire en archéologie soit évalué sur ses études mais aussi sur ses capacités à comprendre la fouille archéologique et les contraintes du terrain. Il est donc impossible de concevoir un (ou une) archéologue qui ne souhaite pas s’investir dans la recherche de terrain et se consacrer exclusivement à une « archéologie de bureau »une fois son diplôme obtenu. Il y aurait là un détournement des finalités de la formation dans notre discipline et plus grave encore un gâchis énorme des personnes formées à un haut niveau de compétences. La collaboration entre l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, le Musée national d’archéologie de Benguela et l’Université Katyavala Bwila de Benguela implique, entre autres, la poursuite du chantier-école de Baia Farta pendant les années à venir.

Voir aussi :

  • Angola. La découverte d’une préhistoire. In Archéologia n°506-Janvier 2013
  • Recherches archéologiques à Dungo (Angola). Un site de charognage de baleine de plus d’un million d’années. In Afrique, Archéologie & Arts. n°6. 2010.

Texte rédigé par Manuel Gutierrez, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.


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