Takht-i Sangin : étude de l’établissement hellénistique

Le site de Takht-i Sangin, au sud du Tadjikistan et au nord de l’ancienne Bactriane, se situe immédiatement au sud de la confluence entre le Vakhsh et le Pandj, qui forment alors l’Amou Darya. Implanté sur une étroite bande de terre qui s’étend entre le fleuve et une chaîne de montagne (Teshik Tosh), il a été découvert dès la fin du 19e siècle et fouillé ponctuellement au début du 20e avant d’être exploré par des équipes russes et tadjikes, jusqu’en 2008. En 2013, l’Institut d’Histoire, Archéologie et Ethnographie de l’Académie des Sciences du Tadjikistan a demandé à H.-P. Francfort d’en reprendre la fouille : après un premier séjour sur le terrain en 2013 puis les premières fouilles en 2014, une équipe du laboratoire ARSCAN a créé en 2015 la nouvelle mission franco-tadjike, dirigée par M. Gelin et relevant du CNRS, de la Commission des Fouilles du Ministère français des Affaires étrangères et de l’IHAET.

Carte du Tadjikistan avec localisation de Takht-i Sangin et des sites voisins d’Aï Khanoum (Afghanistan) et Termez (Ouzbékistan).

Carte du Tadjikistan avec localisation de Takht-i Sangin et des sites voisins d’Aï Khanoum (Afghanistan) et Termez (Ouzbékistan).

Carte © www.cartedumonde.net.

Takht-i Sangin est célèbre pour abriter le temple de l’Oxus. Le bâtiment, établi dans la citadelle qui domine le site et s’avance vers le fleuve, a été entièrement fouillé par les fouilleurs précédents ; le Trésor de l’Oxus, dont on ignore l’exact lieu de découverte, lui est souvent associé. Plus récemment (1998-2008), une équipe tadjike (A. Drujinina) a entrepris des fouilles dans l’agglomération elle-même, intervenant sur quelques habitats. Cependant, les connaissances accumulées sur l’espace urbain lui-même restent pour le moment peu développées et, par exemple, on ignore ses limites exactes, les dates de fondation des longs murs qui barrent le site à divers intervalles et les probables étapes d’extension de la ville.

D’après les travaux des précédentes missions, le site serait une fondation du IIIe s. av. J.-C. attribuée à Antiochos 1er, alors que la Bactriane était sous domination séleucide. Elle aurait perduré jusqu’à l’époque kouchane, au IIe ap. J.-C., et aurait ainsi survécu aux invasions nomades. Pour ces périodes, son phasage chronologique correspond à ceux mis en évidence sur les sites d’Aï Khanoum, de Termez et de Bactres, trois villes importantes situées dans un rayon d’une centaine de kilomètres de Takht-i Sangin (en Afghanistan et Ouzbékistan actuels). Il semblerait que, sur ce dernier site, la vie religieuse ait occupé une place importante, eu égard à la situation centrale du temple et à une véritable mise en scène lui conférant une position dominante.

La citadelle de Takh-i Sangin qui s’avance vers l’Amou Darya, vue vers l’est. Photo © M. Gelin.

La citadelle de Takh-i Sangin qui s’avance vers l’Amou Darya, vue vers l’est.

Photo © M. Gelin.

Les recherches que nous avons pu mener depuis 2014 laissent cependant entrevoir la possibilité d’une fondation d’origine de dimensions restreintes. Seules de prochaines études pourront nous permettre de définir s’il s’agit bien de la fondation séleucide et quels sont les développements ultérieurs de la zone urbaine. Malheureusement, la situation sécuritaire à la frontière ne nous permet pas, à l’heure actuelle, de vérifier ces hypothèses.

Membres participants APOHR :
– Gelin Mathilde, archéologue, CNRS, responsable ;
– Blanc Pierre-Marie, archéologue, CNRS.

Autres membres de l’équipe de la forteresse hellénistique :
– Francfort Henri-Paul, archéologue, CNRS, ARSCAN ;
– Khujagueldiev Tura, archéologue, IHAET.

BIBLIOGRAPHIE :

– Bernard P., 1994, « Le temple du dieu Oxus à Takht-i Sangin en Bactriane : temple du feu ou pas ? », Studia Iranica 23, p. 81-121.

– Bernard P., 2015, « Le temple du dieu Oxus à Takht-i Sangin au Tadjikistan, ou l’esprit de l’escalier », De Samarcande à Istanbul : étapes orientales, Hommage à Pierre Chuvin 2, V. Schiltz éd., Paris, p. 53-70.

– Drujinina A., Inagaki H., Hudjageldiev, T., et Rott, C., 2009, « Excavations of Takht-i Sangin City, Territory of Oxus Temple, in 2006 », Bulletin of the Miho Museum 9, p. 56-84.

– Drujinina, A. P., et Boroffka N., 2006, « First preliminary report on the excavation at Takht-i Sangin 2004 », Bulletin of Miho Museum VI (March), p. 57-70.

– Drujinina A. P., et Boroffka N.R., 2006, « First preliminary report on the excavation at Takht-i Sangin 2004 », Bulletin of the Miho Museum 6, p. 57-69.

– Druzhinina A. P., et Khudzhageldiyev T. U., 2010, « Reports of the excavations of the Oxus Temple in Takhti-Sangin Settlement Site in 2007 », Bulletin of the Miho Museum 10, p. 63-82.

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– Francfort H.-P., 2012, « Aï Khanoum and ‘temple with indented niches’ and Takht-i Sangin ‘Oxus temple’ in historical cultural perspective: outline hypothesis about the cults », Parthica 14, p. 109-136.

– Gelin M., « Nouvelles recherches à Takht-i Sangin », Journal of Historical, Philological and Cultural Studies 47-1, Académie des Sciences de Russie, Moscou-Magnitogorsk-Novossibirsk, 2015, p. 32-45 et pl. 1-2.

– Gelin M., Khujagueldiev T., « Nouvelles recherches à Takht-i Sangin » (en russe), Travaux archéologiques du Tadjikistan, revue de l’IHAET de l’Académie des Sciences du Tadjikistan, à paraître.

– Litvinskij B. A., 2000, « Baktrijskij khram Oksa i vostochnoiranskij ellenizm. Problemy i gipotezy », VDI (2), p. 213-221.

– Litvinskij B. A., 2001, Khram Oksa v baktrii (Juzhnij Tadzhikistan). Baktrijskoe vooruzhenie v drevnevostochnom i grecheskom kontekste 2, Moscou, Vostochnaja Literatura.

– Litvinskij B. A., 2010, Khram Oksa v baktrii (Juzhnij Tadzhikistan). Iskusstvo, khudozhestvennoe remeslo, muzikal’nye instrumenty 3, Moscou, Vostochnaja Literatura.

– Litvinskiy B. A., Pichikiyan I. R., « The temple of the Oxus », Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland 2, 1981, p. 133-167.

– Litvinskii B. A., Pichikian I. R., « The Hellenistic Architecture and Art of the Temple of the Oxus », Bulletin of the Asia Institute 8, 1994, p. 47-66.

– Litvinskij B. A., Pichikian I. R., Ellinističeskij khram Oksa v Baktrii (Južnij Tadžikistan), Raskopki, Arkhitektura, Religioznaja zhizn 1, Moscou, 2000.