La ville caravanière de Thaj

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Situé dans la province orientale de l’Arabie saoudite, à 90 km à l’ouest du port d’al-Jubayl, Thaj est le plus grand site préislamique connu dans l’est de la péninsule arabique. Composé d’une ville fortifiée de 40 ha, de faubourgs d’environ 20 ha et d’une vaste nécropole d’environ 500 tumuli, il semble avoir été occupé entre le iiie s. av. J.-C. et le ive s. apr. J.-C. À cette époque, il constituait manifestement un nœud commercial de première importance entre l’Arabie du Sud, la Mésopotamie, le Levant et l’Inde. Certains savants ont proposé d’y reconnaître l’antique Gerrha, capitale d’un richissime mais énigmatique royaume caravanier d’Arabie orientale, mais cette identification reste fort débattue.

Fouilles de la porte sud-est de Thaj

Fouilles de la porte sud-est de Thaj

Depuis 2016, ce site fait l’objet d’un programme de fouille international codirigé par J. Rohmer (UMR 7041 ArScAn / Fondation Thiers), Ahmad al-Jallad (Leiden University, Pays-Bas) et M. al-Hajiri (Saudi Commision for Tourism and National Heritage). Ce programme à cinq ans (2016-2020) bénéficie du soutien de la commission des fouilles du Ministère des affaires étrangères, du Centre français d’archéologie et de sciences sociales (CEFAS), de l’Oosters Instituut, de la Fondation Juynboll et de l’entreprise Éveha – Études et valorisation archéologiques.

La première campagne de terrain s’est déroulée du 25 octobre au 30 novembre 2016. Pour appréhender ce site gigantesque, priorité a été donnée aux opérations non-invasives. Une campagne de photographie aérienne par drone (société FalconViz, Jeddah) a ainsi permis la réalisation d’un modèle numérique de terrain et d’une très grande orthophotographie, qui couvre 4km2 et fait apparaître des quartiers entiers du dernier état de la ville antique. Ces données ont été complétées par une prospection géophysique, réalisée par R. al-Khatib Alkontar et P. Calou (Institut de physique du Globe de Strasbourg) grâce à méthode innovante de mesure magnétique. Ses résultats, en cours de traitement, font déjà apparaître le réseau viaire et le plan de certains bâtiments avec un degré de lisibilité exceptionnel. À plus grande échelle, une étude géo-archéologique (T. Beuzen-Waller, Université Paris IV ; K. Pavlopoulos, Université Sorbonne Abu-Dhabi) a mis en évidence un paléo-environnement marqué par d’abondantes ressources hydrauliques, tandis que la prospection terrestre des environs du site (A. al-Jallad et Ch. Della Puppa, Leiden University ; M. al-Hajiri, SCTH) a permis d’identifier une soixantaine de sites et de découvrir ou de relire plusieurs inscriptions (hasaïtiques, araméennes, thamoudéennes). En outre, une reconnaissance des nécropoles de Thaj a été menée par L. De Jong (Groningen University, Pays-Bas) en vue d’élaborer une stratégie d’étude et de fouille des tombes.

Sur la base des photographies aériennes et des résultats préliminaires de la prospection géophysique, deux secteurs de fouille ont été ouverts. Le premier, placé sous la responsabilité de D. Gazagne (Éveha/UMR 7041 ArScAn) se situe dans les faubourgs sud-est de la ville antique : plus de 600 m2 de ce qui était probablement un quartier artisanal ont été dégagés, et un four de potier a été fouillé (A. al-Toubi et H. Hamdoon, SCTH). Le second secteur correspond à une porte située dans le rempart sud de la ville : les fouilles, placées sous la supervision de J. Rohmer, ont notamment mis au jour un système de défense composé d’une tour massive, projetée d’environ 15 m vers l’extérieur. L’étude de la céramique issue de ces chantiers, menée par C. Durand (CNRS Hisoma, Lyon), confirme la nature de carrefour commercial et culturel du site : outre le répertoire local, on identifie en effet des importations égéennes, levantines, mésopotamiennes et peut-être indiennes.

Sur la base de ces résultats, une extension des fouilles à la ville intra muros ainsi qu’à la nécropole est prévue lors de la seconde campagne, à l’automne 2018.

Bibliographie

al-Hashash A.M., al-Zayir W., al-Saif Z., al-Hajiri M., al-Sinaa S., al-Shaikh N. (2001), Taqrīr ḥufriyat Thāj, Tall al-Zāyir, li-mawsim 1419 / 1998, Atlal 16, p. 37-71.

al-Zahrani A. (2010), “Thaj and the Kingdom of Gerrha”, in A. al-Ghabban et al. (éds.), Routes d’Arabie. Archéologie et histoire du royaume d’Arabie Saoudite [Catalogue de l’exposition tenue au Musée du Louvre, Paris, du 14 juillet au 27 septembre 2010], p. 386-397.

al-Zahrani A. (2014), Thāj. Dirāsah atharīyyah maydānīyyah, Riyad, Saudi Commission for Tourism and Antiquities.

Potts D.T. (1993), The sequence and chronology of Thaj, in U. Finkbeiner (éd.), Materialien zur Archäologie der Seleukiden- und Partherzeit im südlichen Babylonien und im Golfgebiet, Tübingen, E. Wasmuth, p. 87-110.

Potts D.T. (2010), “La renaissance de l’Arabie du Nord-Est à l’époque hellénistique”, in A. al-Ghabban et al. (éds.), Routes d’Arabie. Archéologie et histoire du royaume d’Arabie Saoudite, p. 374-385.

Responsable : Jérôme Rohmer (Chargé de Recherche Fondation Thiers – UMR 7041 ArScAn)

 


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