Les îles Farasan et la mer Rouge

L’équipe APOHR est engagée depuis le début des années 2000 sur l’archipel des îles Farasān, situé en Arabie Saoudite à 40 km des côtes et non loin de la frontière yéménite. La découverte d’une inscription latine, datée de 144 apr. J.-C. et mentionnant le nom antique de l’archipel Ferresan, a donné lieu à plusieurs publications de Fr. Villeneuve (dont une avec C.S. Phillips et W. Facey, inventeurs de l’inscription). L’immense intérêt de ce texte, attestant une présence militaire romaine totalement inconnue jusqu’alors, justifia l’organisation de prospections sur place en 2005 et 2006. Un second texte latin, fragmentaire, fut découvert ainsi que de nombreuses pièces conservées dans des musées privés sur l’île principale (chez M. I. Miftah notamment). De nombreux sites, inédits pour la plupart, ont été inventoriés grâce à l’aide des érudits locaux et du représentant local de la Saudi Commission for Tourism and National Heritage (SCTH), A. al-Aqīli. Plusieurs semblent notamment liés à la présence militaire romaine attestée par la première inscription latine et au commerce maritime des premiers siècles de l’ère chrétienne (architecture de blocs monumentaux finement taillés, amphore Dressel 2-4, probables tessons nabatéens). D’autres consistent en des constructions à l’architecture de blocs non taillés comparable à celle de sites connus sur le continent dans la région de Jizān notamment. Les prospections permettent également de mettre en lumière plusieurs inscriptions sudarabiques donc les premières ont été publiées par C.S. Phillips et S. Marion de Procé. En 2011, une ultime mission de prospections sur l’archipel permet de compléter les observations, notamment sur la céramique et sur les vestiges épigraphiques, et d’enregistrer de nouveaux sites.
Suite à cela, deux missions supplémentaires sont organisées en 2013 et 2014 grâce au soutien logistique et financier de l’équipe APOHR, et au soutien financier de l’Institut Universitaire de France, du CEFAS, du Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France à Riyadh. La mission a également bénéficié du prix Paule Dumesnil de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour poursuivre ses travaux.
En 2013, la mission dirigée par Fr. Villeneuve est composée de P.-M. Blanc, de S. Marion de Procé (équipe APOHR) et de B. Riba (IFPO). Le site choisi pour débuter ce programme de deux ans est le Wādī Maṭar, une vallée argileuse du sud de l’île principale de l’archipel. De nombreux micro-sites composent ce complexe caractérisé par une architecture locale en pierre sèche. L’équipe concentre alors ses efforts sur le relevé du site nommé Wādī Maṭar 2 et ses trois sous-ensembles A, B et C. À l’issue de la campagne, la quasi-intégralité des sites est relevé et mise au net. L’ensemble A est composé d’une dizaine d’unités séparées dont certaines sont marquées par des scories métalliques pour l’une, par des coquillages de type murex portant des stigmates de consommation pour l’autre ou encore par une concentration très importante de tessons de céramique. L’ensemble B, densément construit, a connu plusieurs phases d’aménagement. L’identification de grandes cours et la présence de seuils monumentaux (le plus grand mesurant 2 m de largeur) dont les jambages sont inscrits de lettres sudarabiques semblent indiquer qu’il s’agit là d’un bâtiment public. Le dernier ensemble, appelé C, consiste en un petit sanctuaire rectangulaire, orienté, situé au milieu d’une enceinte de pierres dressées, apparenté à des exemples connus dans la Tihāma yéménite (al-Ḥamid) et sur les plateaux d’Éthiopie (Gobochela).

Farasan

Vue d’un seuil monumental, site 2-B dans le Wādī Maṭar

En 2014, l’étude du Wādī Maṭar s’est poursuivie grâce à la fouille du petit sanctuaire C menée par Fr. Villeneuve, P.-M. Blanc, C.S. Phillips et S. Marion de Procé. Ces travaux ont permis de clarifier le dispositif d’entrée (escalier axial), d’identifier des niveaux de démolition (couches d’effondrement devant la façade ouest) et de dater la dernière phase d’occupation. La découverte de fragments d’amphores romaines et sudarabiques lors des fouilles et de fragments de statuettes de taureaux en calcite date l’abandon du site des premiers siècles de l’ère chrétienne. L’architecture, la présence en surface de tessons sudarabiques du début du Ier mill. av. J.-C. et les inscriptions découvertes dans le Wādī Maṭar permettent toutefois d’affirmer que le site est occupé dès le début de la période sudarabique. La poursuite des fouilles révèlera peut-être des couches de cette époque mais le rocher naturel est proche de la surface actuelle et implique peut-être la destruction des couches stratigraphiques anciennes.
À l’occasion de la mission 2014, l’équipe s’est également rendue dans le nord de l’île principale sur un site déjà visité en 2011 pour une fouille de sauvetage de quelques jours. Le site est composé de trois nécropoles voisines dont une a fait l’objet de nombreux pillages, qui justifiaient une opération de sauvetage.
La présence d’un géomaticien (G. Davtian, CEPAM), dans l’équipe a permis l’enregistrement des données topographiques et la prise de clichés aériens au cerf-volant. Enfin, un géomorphologue est également intervenu afin de localiser la ligne de côte, actuellement à 3 km du site, aux périodes d’occupation du Wādī Maṭar (début du Ier mill. av. J.-C. et premiers siècles de l’ère chrétienne).
Le Wādī Maṭar est riche est vestiges dont il faut encore comprendre les fonctions, les relations et la raison d’être. Les premiers résultats sont très encourageants et permettent de mettre en lumière des communautés locales ayant été au contact de populations extérieures.
Ces travaux préliminaires permettent d’envisager un nouveau programme de recherche plus conséquent, désormais porté par S. Marion de Procé.

VILLENEUVE F. 2004, « Une inscription latine sur l’archipel Farasân, Arabie Séoudite, Sud de la mer Rouge », Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, p. 419-429.
VILLENEUVE F. 2007, « L’armée romaine en mer Rouge aux IIe-IIIe siècles après J.-C. : à propos des inscriptions de Farasân », dans Lewin A. (éd.), Actes du colloque L’esercito romano tardo-antico nel Vicino Oriente, Universita della Basilicate, Potenza-Matera, 12-15 mai 2005, Oxford, 2007, p. 13-27 .
VILLENEUVE F. 2007, « Farasan Latin inscriptions and Bukharin’s ideas : no pontifex Herculis ! and other comments », Arabia, 4, 2007, p. 289-296.
VILLENEUVE F., 2008 (en arabe) « Deux inscriptions militaires latines découvertes aux îles Farasan (mer Rouge méridionale, Arabie saoudite). Rome, Alexandrie, Pétra et le commerce oriental au IIe siècle après J.-C. », dans Actes du colloque The City in the Arab World in Light of Archaeological Discoveries, Sakaka, 5-7 décembre 2005, Riyadh, 2008, p. 167-180.
S. MARION DE PROCÉ et C.S. PHILLIPS 2010 , « South Arabic inscriptions from the Farasân Islands (Saudi Arabia) », Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 40, 2010, p. 277-281.
S. MARION DE PROCÉ 2010, « Histoire de l’archipel des îles Farasān (Arabie Saoudite)”, Archéothéma 9, juillet-août 2010, p. 42-43.
S. MARION DE PROCÉ 2017, « The Farasān Archipelago in the Red Sea Context: the Archaeological Evidence », dans D. Agius et al. (éds.) Human Interaction with the Environment in the Red Sea, Brill, 2017.